Baykonur, c’est à la fois une ville, un cosmodrome et un symbole vivant de l’exploration spatiale. Niché dans la steppe kazakhe, ce site a changé l’histoire de l’humanité depuis les années 1950. Avant d’aller plus loin, voici ce que vous allez découvrir dans cet article :
- l’histoire complète du cosmodrome, de 1955 à aujourd’hui
- les grandes premières spatiales nées ici
- comment fonctionne le site au quotidien
- ce que vous pouvez réellement visiter en tant que touriste
- les enjeux géopolitiques actuels entre Russie et Kazakhstan
- la montée en puissance du cosmodrome Vostochny
Prenez le temps de tout lire. Baykonur mérite bien plus qu’une ligne dans un guide.
Baykonur : de quoi parle-t-on exactement ?
Le mot "Baykonur" désigne trois choses à la fois. C’est une ville d’environ 60 000 habitants. C’est aussi le cosmodrome le plus célèbre du monde. Et c’est une zone spatiale entière de près de 6 717 km² au Kazakhstan.
Le site est géré par la Russie dans le cadre d’un bail signé avec le Kazakhstan. Ce bail a été prolongé jusqu’en 2050 et représente un loyer annuel versé par Moscou à Astana. Baykonur est donc à la fois un héritage soviétique, un terrain d’entente diplomatique et un site opérationnel actif.
Où se situe Baykonur et pourquoi cet emplacement a-t-il été choisi ?
Baykonur se trouve au sud du Kazakhstan, en Asie centrale, dans la steppe kazakhe. Le terrain est plat, ouvert et très peu peuplé. La ville est proche de la rivière Syrdarya et de la région historique de Tyuratam.
Les autorités soviétiques ont choisi cet emplacement dans les années 1950 pour plusieurs raisons concrètes :
- des espaces vides immenses, parfaits pour tester des missiles
- un faible risque pour les populations en cas d’accident
- une latitude suffisamment intéressante pour les lancements orbitaux
- la possibilité de construire des infrastructures ferroviaires et routières rapidement
Un site plus proche de l’équateur aurait été idéal pour réduire la consommation de carburant. Baykonur reste un excellent compromis entre sécurité, logistique et performance orbitale.
L’histoire du cosmodrome de Baykonur en dates clés
Le cosmodrome a été fondé en 1955. À l’origine, il servait à tester le missile balistique R-7 Semyorka. Des routes, des voies ferrées et des bâtiments techniques ont été construits en quelques années.
| Date | Événement clé |
|---|---|
| 1955 | Création du cosmodrome |
| 04 octobre 1957 | Lancement de Sputnik 1, premier satellite artificiel |
| 12 avril 1961 | Vol de Youri Gagarine, premier homme dans l’espace |
| 1960 | Explosion de la fusée R-16 : plus de 100 morts |
| 1963 | Premier vol spatial féminin, Valentina Terechkova |
| 1975 | Mission Apollo-Soyouz : coopération USA-URSS |
| 1991 | Fin de l’URSS, le Kazakhstan devient indépendant |
| 1995 | La ville Leninsk est rebaptisée Baykonur |
| 2005 | Bail prolongé jusqu’en 2050 |
| 2011 | Baykonur devient le seul site de vols habités vers l’ISS |
| Septembre 2019 | Dernier lancement depuis "Gagarin’s Start" avant modernisation |
| 2023 | Le Kazakhstan prend le contrôle du complexe Baiterek |
Le nom "Baykonur" a lui-même une histoire surprenante. Il aurait été choisi pour tromper les services de renseignement occidentaux. Le vrai site se trouvait près de Tyuratam, pas à l’endroit portant ce nom à l’origine. Les Américains ont finalement localisé le site grâce à un avion espion U-2 en 1957.
Baykonur et les grandes premières de l’exploration spatiale
Baykonur est la rampe de lancement de l’histoire spatiale mondiale. Aucun autre site ne concentre autant de premières en si peu d’années.
C’est depuis ici que Sputnik 1 a été mis en orbite le 04 octobre 1957. Ce satellite de 83,6 kg a marqué le début de l’ère spatiale. Quatre ans plus tard, Youri Gagarine décollait depuis le pas de tir "Gagarin’s Start" le 12 avril 1961.
D’autres premières historiques sont nées ici :
- la première sonde lunaire, Luna 1, lancée en janvier 1959
- le premier vol orbital féminin avec Valentina Terechkova en juin 1963
- les premières missions vers Mars et Vénus
- les vols du programme Interkosmos avec des cosmonautes de plusieurs pays
Baykonur n’est pas seulement un terrain technique. C’est l’endroit où l’humanité a appris à quitter la Terre.
Comment fonctionne le cosmodrome de Baykonur au quotidien ?
Le cosmodrome est une ville dans la ville. Il dispose de ses propres aéroports, de voies ferrées internes, d’ateliers d’assemblage, de bâtiments pour les équipages et de zones d’essai.
Le processus d’un lancement suit une logique précise. Les pièces arrivent par train. Les techniciens assemblent la fusée dans un bâtiment horizontal. Elle est ensuite transportée sur rails jusqu’au pas de tir, puis mise en position verticale. Les équipages effectuent leurs derniers briefings dans des bâtiments dédiés.
Les lanceurs utilisés ici sont nombreux : Soyouz, Proton, Zenit, Dnepr, Tsyklon. Chaque type de mission a son infrastructure adaptée. Le site gère simultanément des missions habitées, des missions automatiques et des lancements commerciaux.
Baykonur aujourd’hui : activité actuelle, lancements et enjeux stratégiques
Baykonur reste très actif. Les lancements récents le prouvent clairement :
| Mission | Date de lancement |
|---|---|
| Soyuz MS-26 | Septembre 2024 |
| Progress MS-29 | Novembre 2024 |
| Progress MS-30 | Février 2025 |
| Soyuz MS-27 | Avril 2025 |
| Progress MS-32 | Septembre 2025 |
| Soyuz MS-28 | Novembre 2025 |
En 2025, un pas de tir a été endommagé lors du lancement de Soyuz MS-28. Roscosmos a annoncé en 2026 les travaux de réparation nécessaires.
La relation entre la Russie et le Kazakhstan autour de Baykonur reste tendue. En 2023, le Kazakhstan a pris le contrôle du complexe Baiterek. Des dettes non réglées par la Russie ont conduit Astana à bloquer le départ de certains responsables russes. La guerre en Ukraine a clairement fragilisé la coopération autour du site.
Baykonur côté tourisme : que peut-on voir et visiter ?
Baykonur n’est pas une destination ordinaire. L’accès au cosmodrome nécessite des autorisations préalables, une organisation encadrée et le respect de règles de sécurité strictes.
Des agences spécialisées comme Vegitel proposent des tours complets. Ces voyages permettent de voir :
- la sortie de la fusée du bâtiment d’assemblage
- le transport sur rails jusqu’au pas de tir
- l’installation verticale sur la rampe
- le briefing de l’équipage avant départ
- des visites guidées des bâtiments historiques
- le musée de l’académicien Korolev, installé dans sa maison de séjour
- la grande maquette inclinée du lanceur Soyouz
- les monuments dédiés aux pionniers de l’espace
La ville de Baykonur elle-même mérite la visite. On y trouve des rues, places et parcs aux noms liés à l’espace. La rue principale reliant l’aéroport à la ville porte le nom de Youri Gagarine.
Quelques conseils pratiques avant de partir :
- vérifiez les calendriers de lancement : ils peuvent changer du jour au lendemain
- prévoyez vos documents d’identité et toute autorisation demandée
- renseignez-vous sur les règles photo sur site
- prévoyez une monnaie locale en tenge kazakhe (1 EUR = environ 490 KZT en 2025)
- anticipez l’hébergement : l’offre reste limitée sur place
Erreur courante : confondre la ville de Baykonur avec le cosmodrome
Beaucoup de voyageurs pensent que Baykonur désigne uniquement le cosmodrome. C’est inexact. La ville et le cosmodrome sont deux entités distinctes, même si elles sont liées.
La ville s’appelait Leninsk jusqu’en 1995. Elle a été rebaptisée Baykonur par décision officielle. Elle compte aujourd’hui environ 60 000 habitants, principalement des employés du cosmodrome et leurs familles.
La ville dispose d’un aéroport, d’une gare, d’hôpitaux, d’écoles et d’établissements d’enseignement supérieur. Le climat est ensoleillé avec peu de pluie, mais souvent venteux. Elle fonctionne comme une ville russe administrative au cœur du Kazakhstan.
Le cosmodrome, lui, couvre 6 717 km². Il s’étend bien au-delà des limites urbaines. Les deux espaces coexistent mais ne se superposent pas.
Baykonur face à Vostochny : une alternative méconnue à suivre
La Russie a construit le cosmodrome Vostochny dans la région de l’Amour, en Extrême-Orient russe, pour réduire sa dépendance à Baykonur. Les premiers lancements y ont eu lieu en 2016.
| Critère | Baykonur | Vostochny |
|---|---|---|
| Pays | Kazakhstan (loué par la Russie) | Russie |
| Superficie | ~6 717 km² | En développement |
| Vols habités | Oui (historiquement) | Prévu à terme |
| Lancements commerciaux | Oui | En montée en charge |
| Accès touristique | Oui, encadré | Limité pour l’instant |
| Bail actuel | Jusqu’en 2050 | Propriété russe permanente |
Vostochny est une réponse stratégique aux tensions géopolitiques. La Russie cherche à ne plus dépendre d’un site situé sur le territoire d’un État étranger. Baykonur reste irremplaçable à court terme pour les missions habitées et les lancements lourds. Après 2050, la donne pourrait changer significativement.
À retenir
- Baykonur désigne à la fois une ville de ~60 000 habitants et un cosmodrome de 6 717 km² au Kazakhstan, géré par la Russie jusqu’en 2050
- C’est depuis ici qu’ont décollé Sputnik 1 (04 octobre 1957) et Youri Gagarine (12 avril 1961)
- Le site reste actif avec des lancements réguliers vers l’ISS en 2024 et 2025
- Le tourisme spatial y est possible via des agences spécialisées, sous conditions et avec autorisations
- Le cosmodrome Vostochny représente la stratégie russe pour réduire sa dépendance à Baykonur après 2050
